Bien-être personnel · Spiritualité

Religion de Zoroastre

le prophète, la doctrine et les malentendus

Un fondateur dont on ignore le siècle, une religion qu’on croit éteinte, et un nom devenu personnage de roman philosophique.

Bas-relief érodé de Persépolis : figures perses sculptées en file dans la pierre d'un palais
Réponse rapide

Zoroastre, ou Zarathoustra, est le prêtre iranien auquel la tradition attribue la fondation du zoroastrisme, aussi appelé mazdéisme. Il proclame un dieu créateur unique, Ahura Mazda, et une éthique résumée par la formule « bonne pensée, bonne parole, bonne action ». Sa datation reste incertaine sur plus d’un millénaire, et la religion, longtemps officielle dans l’Iran antique, ne compte plus aujourd’hui qu’un peu plus de cent mille fidèles.

  • Une datation ouverte : les estimations s’échelonnent sur plus de mille ans, aucune ne fait consensus.
  • Ahura Mazda : un dieu créateur unique, dont le nom a donné l’autre appellation de la religion.
  • Trois bonnes choses : pensée, parole, action — l’éthique tient dans cette triade.
  • Pas d’adorateurs du feu : le feu est un support de culte, pas le destinataire de la prière.
  • Une minorité vivante : environ cent à cent trente mille fidèles, surtout en Inde et en Iran.

Zoroastre, un prophète dont on ignore le siècle

Zoroastre est la forme grecque d’un nom iranien ancien, Zarathushtra, qu’on trouve aussi écrit Zarathoustra. Il désigne un prêtre et poète de langue iranienne à qui la tradition attribue la fondation d’une religion qui porte aujourd’hui son nom.

On ignore quand il a vécu. Les traditions transmises par les auteurs antiques et par les zoroastriens eux-mêmes proposent des repères qui s’échelonnent sur plus d’un millénaire. L’analyse linguistique des textes qui lui sont attribués donne un autre indice : leur langue est archaïque, proche de celle des hymnes védiques. C’est ce qui conduit une partie des linguistes à situer sa prédication dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant notre ère, dans une zone qui va de la steppe eurasienne au nord-est du plateau iranien. D’autres reconstitutions le placent bien plus tard, et il faut se méfier des articles qui donnent une date au siècle près.

Quelques chercheurs vont plus loin et contestent son existence même, y voyant moins un individu qu’une figure-type, le prêtre indo-européen porté au rang de fondateur par la tradition postérieure. C’est une position minoritaire, mais elle rappelle un fait : aucun document contemporain de Zoroastre ne le mentionne. Ce qu’on connaît de lui vient de textes composés dans sa langue, transmis oralement pendant des siècles avant d’être fixés.

Ce qu’il enseigne

un dieu unique et un choix à faire

Zoroastre proclame un dieu créateur unique, Ahura Mazda, le Seigneur sage. C’est de ce nom que vient l’autre appellation de la religion, le mazdéisme, employée le plus souvent comme synonyme. Ahura Mazda n’est pas une divinité parmi d’autres dans un panthéon : il est à l’origine de l’ordre du monde.

Face à l’esprit bienfaisant qui procède de lui se dresse un esprit destructeur. Cette opposition a valu au zoroastrisme sa réputation de religion dualiste, et c’est le point que les résumés retiennent presque toujours. Il mérite d’être précisé : le dualisme zoroastrien n’est pas un équilibre entre deux puissances égales, mais un conflit dont l’issue est orientée, et dans lequel chaque être humain prend parti.

C’est le second point, souvent négligé. La religion attribuée à Zoroastre confie à l’individu une responsabilité directe. Le monde se joue aussi dans les choix ordinaires, et la formule qui résume cette éthique est restée d’une simplicité frappante : bonne pensée, bonne parole, bonne action. Trois termes qui, dans la langue des textes, forment une triade rythmée.

Lexique

Ahura Mazda et les deux esprits

Ahura Mazda : le Seigneur sage, dieu créateur unique. Spenta Mainyu : l’esprit bienfaisant qui procède de lui. Angra Mainyu : l’esprit destructeur qui s’y oppose. Le conflit entre les deux structure la vision zoroastrienne du monde.

Lexique

Asha et la triade éthique

Asha : l’ordre juste, la vérité, la conformité de ce qui est à ce qui doit être ; son contraire est le mensonge. Humata, hukhta, huvarshta : bonne pensée, bonne parole, bonne action, la formule qui condense toute la morale.

L’Avesta, un texte largement perdu

Le corpus de référence s’appelle l’Avesta. C’est un ensemble liturgique, composé de couches successives et rédigé dans une langue qu’on appelle précisément l’avestique, aujourd’hui morte.

Tout n’y a pas le même statut, et c’est là que la figure de Zoroastre se joue vraiment. Les Gâthâs, un ensemble d’hymnes, lui sont attribués par la tradition, et leur langue nettement plus archaïque que le reste appuie cette ancienneté. Le Yasna, qui les englobe, rassemble les textes liturgiques proprement dits. Le reste du corpus s’est constitué plus tard, et ne lui est pas attribué.

Ce qui frappe, c’est ce qui manque. L’Avesta que nous lisons ne représente qu’une partie du corpus qui existait dans l’Antiquité tardive. La tradition zoroastrienne attribue ces pertes aux destructions de la conquête d’Alexandre ; les historiens y voient au moins en partie une reconstruction rétrospective. Les bouleversements qui ont suivi la conquête arabe, eux, sont documentés. La transmission a longtemps reposé sur la mémoire des prêtres avant que le texte ne soit fixé par écrit, ce qui a limité les pertes sans les empêcher.

Cette situation a une conséquence directe pour le lecteur d’aujourd’hui : une part de ce qu’on présente comme la doctrine zoroastrienne provient de commentaires en moyen-perse rédigés bien après Zoroastre, à une époque où la religion était déjà institutionnalisée. Distinguer le message des Gâthâs de ces développements ultérieurs est un travail de spécialiste, et les vulgarisations les mélangent volontiers.

Le feu, le mot qu’on comprend de travers

L’expression « adorateurs du feu » colle à la peau des zoroastriens depuis l’Antiquité. Elle est commode, et fausse.

Le feu occupe une place centrale dans le culte, mais comme support et comme symbole : il représente la pureté, il oriente la prière, il n’en est pas le destinataire. Le fidèle prie devant le feu et non le feu lui-même — l’adresse passe par lui pour aller vers Ahura Mazda. Les temples entretiennent une flamme qui, dans certains sanctuaires, brûle sans interruption depuis très longtemps, et cette continuité a une valeur en soi.

Précision de vocabulaire

Les rites funéraires ont nourri l’autre grande fascination extérieure. Pour éviter de souiller la terre, l’eau et le feu par le contact avec un corps mort, la tradition a longtemps pratiqué l’exposition des défunts dans des enceintes découvertes, les tours du silence. Cette pratique appartient largement au passé : elle a cessé en Iran et s’est raréfiée ailleurs, notamment en raison du déclin des populations de vautours en Inde.

D’une religion d’État à une minorité dispersée

Pendant plusieurs siècles, la religion de Zoroastre a été celle d’un empire. Sous les Sassanides, jusqu’au VIIe siècle de notre ère, elle est religion officielle, avec un clergé structuré et un lien étroit au pouvoir royal. Les souverains achéménides, bien avant eux, invoquaient déjà Ahura Mazda dans leurs inscriptions, même si la nature exacte de leur adhésion reste discutée par les historiens.

La conquête arabe change tout, mais pas d’un coup : la conversion à l’islam progresse sur plusieurs siècles, par vagues et par pressions successives. Une partie des fidèles qui refusent de renoncer à leur religion quitte l’Iran et s’installe sur la côte ouest de l’Inde, dans la région du Gujarat. C’est là que se forme la communauté parsie — le mot signifie simplement « perse » — qui a conservé la tradition jusqu’à aujourd’hui et occupe depuis le XIXe siècle une place visible dans la vie économique indienne.

PériodeCe qui se passeCe qu’il en reste
IIe millénaire av. J.-C. (estimation débattue)Prédication attribuée à ZoroastreLes Gâthâs, hymnes en langue archaïque
Empire achéménideAhura Mazda invoqué dans les inscriptions royalesUne adhésion dont la nature reste discutée
Empire sassanide, jusqu’au VIIe siècleReligion officielle, clergé structuréLes commentaires en moyen-perse
Après la conquête arabeConversion progressive à l’islam sur plusieurs sièclesUne minorité maintenue en Iran
À partir du Moyen ÂgeDépart d’une partie des fidèles vers le GujaratLa communauté parsie en Inde

Combien sont-ils aujourd’hui ? Les estimations tournent autour de cent à cent trente mille personnes dans le monde, essentiellement en Inde, en Iran, et dans des diasporas installées en Amérique du Nord, au Royaume-Uni et en Australie. Ces chiffres sont à prendre comme des ordres de grandeur : les recensements sont partiels, et les critères d’appartenance eux-mêmes font débat au sein des communautés, notamment sur la transmission par filiation et sur les conversions.

Zoroastre, Zarathoustra, et le malentendu de Nietzsche

Quand Nietzsche publie Ainsi parlait Zarathoustra dans les années 1880, il ne rédige ni un exposé sur la religion perse ni une biographie. Il emprunte un nom et une posture prophétique pour porter une pensée qui est la sienne : la critique des valeurs héritées, la mort de Dieu, l’annonce du surhomme. Le livre est un poème philosophique, écrit dans une langue de facture biblique, tout en paraboles.

Le choix du nom n’est pas arbitraire pour autant. Nietzsche s’en est expliqué : Zoroastre est à ses yeux celui qui, le premier, a pensé le monde comme le théâtre d’un combat entre le bien et le mal. Le faire revenir pour contester cette morale relève d’un renversement délibéré — celui qui a posé la question vient la reprendre.

Le Zarathoustra de Nietzsche est donc un personnage littéraire. Chercher dans ce livre des informations sur le zoroastrisme historique est une impasse, et lire les Gâthâs en y cherchant le surhomme n’a pas davantage de sens.

Une troisième figure circule d’ailleurs, plus discrète : le Zoroastre des traditions ésotériques européennes, mage et détenteur d’une sagesse cachée, présent chez certains auteurs de la Renaissance et jusque dans un opéra de Rameau. Celle-là ne doit rien à l’histoire du prophète iranien, et tout à l’imaginaire que l’Europe a projeté sur l’Orient ancien.

Porte d’entrée

Une appartenance rendue visible

Freddie Mercury, né Farrokh Bulsara à Zanzibar en 1946, venait d’une famille parsie originaire du Gujarat. Ses funérailles ont été célébrées selon le rite zoroastrien. Beaucoup de gens ont découvert l’existence de cette religion par cette porte-là.

Deux mots, une religion

Zoroastrisme ou mazdéisme ?

Les deux termes désignent la même tradition : l’un renvoie au prophète, l’autre au dieu qu’il proclame. Certains auteurs réservent « mazdéisme » à la forme institutionnelle plus tardive, mais l’usage courant les traite comme équivalents.

Zoroastre a-t-il vraiment existé ?

La tradition lui attribue les hymnes les plus anciens du corpus zoroastrien, dont la langue archaïque plaide pour un auteur réel et très ancien. Mais aucun document contemporain ne le mentionne, et quelques chercheurs y voient une figure-type plutôt qu’un individu. C’est une position minoritaire, pas le consensus.

Le zoroastrisme est-il monothéiste ?

Il proclame un dieu créateur unique, Ahura Mazda, ce qui le rapproche des monothéismes. L’opposition entre un esprit bienfaisant et un esprit destructeur lui vaut aussi l’étiquette de religion dualiste. Les deux lectures coexistent, et le débat est ancien parmi les spécialistes.

Les zoroastriens adorent-ils le feu ?

Non. Le feu est un support de culte et un symbole de pureté : on prie devant lui, pas lui. L’expression « adorateurs du feu » vient de regards extérieurs et s’est installée par commodité.

Cette religion existe-t-elle encore aujourd’hui ?

Oui, comme une minorité. On l’estime à un ordre de grandeur de cent à cent trente mille fidèles dans le monde, surtout en Inde — la communauté parsie — et en Iran, avec des diasporas en Amérique du Nord, au Royaume-Uni et en Australie. Les recensements restent partiels.

Quel rapport avec le Zarathoustra de Nietzsche ?

Aucun sur le fond. Nietzsche emprunte le nom et la posture prophétique pour porter sa propre pensée, dans un renversement assumé : celui qui aurait posé la morale du bien et du mal revient la contester. Son Zarathoustra est un personnage littéraire, pas une source sur la religion perse.

D’une religion d’empire il reste une minorité, quelques hymnes en langue morte et un nom que la philosophie a emprunté sans prévenir. C’est peu, et c’est déjà beaucoup pour trois mille ans.