Religion en Ukraine
un pays orthodoxe traversé par les schismes
Une majorité orthodoxe mais divisée, une forte minorité gréco-catholique à l’ouest, et une foi devenue enjeu d’identité nationale.
L’Ukraine est très majoritairement chrétienne : environ 85 % de la population, dont près de 70 % de chrétiens orthodoxes. Mais l’orthodoxie y est divisée entre l’Église orthodoxe d’Ukraine, indépendante (autocéphale depuis 2019), et l’Église historiquement liée au patriarcat de Moscou, aujourd’hui en fort recul. S’ajoute une importante minorité gréco-catholique à l’ouest, autour de Lviv, ainsi que des protestants, des juifs et des musulmans tatars. La religion y est étroitement liée à l’identité nationale.
- Environ 85 % de chrétiens, dont près de 70 % d’orthodoxes.
- Une orthodoxie divisée : Église autocéphale contre Église liée à Moscou.
- Une forte minorité gréco-catholique à l’ouest, autour de Lviv.
- Une foi mêlée à l’identité nationale, sur fond de guerre.
Un pays très majoritairement chrétien
L’Ukraine est un pays profondément marqué par le christianisme. Selon les enquêtes de ces dernières années, la grande majorité de la population, autour de 85 %, se déclare chrétienne. Le pays se distingue toutefois de ses voisins par une particularité : sa vie religieuse est fragmentée entre plusieurs Églises, dont certaines se sont opposées frontalement ces dernières années.
Comprendre la religion en Ukraine suppose de garder en tête cette carte mouvante. L’orthodoxie domine très largement, mais elle est elle-même divisée. À l’ouest, une forte minorité gréco-catholique donne au pays un visage particulier. Et le contexte des dernières années, marqué par la guerre, a bouleversé les équilibres hérités du passé. Ce qui était une affaire de foi est aussi devenu, en partie, une affaire d’identité nationale.
Des chiffres estimatifs et un sujet évolutif
Les proportions citées ici sont issues de sondages et varient d’une enquête à l’autre. Le paysage religieux ukrainien bouge vite, en particulier depuis 2022 : les équilibres entre Églises évoluent, et certaines décisions politiques récentes restent débattues. Ces repères donnent une image d’ensemble, pas un décompte figé.
L’orthodoxie, cœur religieux du pays
Les chrétiens orthodoxes forment de loin le groupe le plus important, autour de 70 % de la population selon les sondages récents. L’orthodoxie est le socle religieux historique de l’Ukraine, hérité d’une christianisation très ancienne. Icônes, coupoles dorées, calendrier des fêtes : la culture orthodoxe imprègne le paysage et les traditions, des grandes villes aux villages.
Mais cette majorité orthodoxe n’est pas unifiée. Elle se répartit principalement entre deux ensembles. D’un côté, l’Église orthodoxe d’Ukraine, autocéphale, c’est-à-dire indépendante, qui rassemble aujourd’hui la plus grande part des fidèles. De l’autre, l’Église orthodoxe ukrainienne historiquement rattachée au patriarcat de Moscou, dont l’audience a nettement reculé. Une part des sondés se disent simplement « orthodoxes », sans préciser leur rattachement. Cette division interne est la clé pour comprendre les tensions religieuses du pays.
| Confession | Poids approximatif | Particularité |
|---|---|---|
| Église orthodoxe d’Ukraine (autocéphale) | La plus grande part des orthodoxes | Indépendante, reconnue par Constantinople en 2019 |
| Église liée au patriarcat de Moscou | Minorité en fort recul | Historiquement rattachée à Moscou |
| Gréco-catholiques | Autour de 8 % | Rite oriental, autorité du pape ; surtout à l’ouest |
| Catholiques latins | Petite minorité | Souvent liés à des communautés d’origine polonaise |
| Protestants, juifs, musulmans | Minorités | Évangéliques, judaïsme ancien, Tatars de Crimée |
Le schisme orthodoxe
Kiev face à Moscou
Le grand tournant s’est joué à la fin des années 2010. Jusque-là, l’orthodoxie ukrainienne restait officiellement, aux yeux du monde orthodoxe, sous l’autorité du patriarcat de Moscou. En 2018, dans un contexte déjà marqué par le conflit avec la Russie, une nouvelle Église orthodoxe d’Ukraine est créée par la réunion de branches qui réclamaient leur indépendance.
En 2019, cette Église reçoit son autocéphalie, c’est-à-dire sa pleine indépendance, des mains du patriarcat œcuménique de Constantinople, considéré comme la première autorité d’honneur du monde orthodoxe. Cette reconnaissance provoque une rupture retentissante avec le patriarcat de Moscou, qui la conteste. Le monde orthodoxe se retrouve traversé par un schisme aux implications autant religieuses que géopolitiques.
La guerre déclenchée en 2022 a encore accentué cette fracture. Beaucoup de fidèles et de paroisses se sont éloignés de l’Église liée à Moscou, désormais associée à la puissance agresseuse. En 2024, le Parlement ukrainien a adopté une loi visant à interdire les organisations religieuses restées sous l’autorité de l’Église orthodoxe russe, une décision présentée par ses partisans comme une mesure de sécurité nationale et critiquée par d’autres au nom de la liberté religieuse. Le sujet reste vif et sensible.
Les gréco-catholiques, forts à l’ouest
À côté de l’orthodoxie, l’Ukraine compte une minorité catholique significative, autour de 9 % de la population, dont la grande majorité relève de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Cette Église a une particularité qui déroute souvent : elle reconnaît l’autorité du pape, comme les catholiques latins, mais conserve une liturgie et des rites de tradition orientale, très proches de ceux des orthodoxes.
Cette double appartenance a une histoire. Elle remonte à une union conclue à la fin du XVIe siècle, par laquelle une partie des orthodoxes de la région se rattachent à Rome tout en gardant leurs usages. Les gréco-catholiques sont surtout implantés dans l’ouest du pays, en particulier en Galicie, autour de Lviv, où ils constituent une part très importante de la population et un marqueur d’identité régionale fort. On trouve aussi une petite minorité de catholiques de rite latin, souvent liée à des communautés d’origine polonaise.
Les autres confessions et minorités
Le paysage religieux ukrainien ne se limite pas aux orthodoxes et aux catholiques. Le pays compte des communautés protestantes actives, notamment évangéliques et baptistes, plus visibles que dans beaucoup de pays voisins. Elles restent minoritaires mais bien organisées.
L’Ukraine abrite aussi une histoire juive ancienne et profonde. Le pays fut, avant les tragédies du XXe siècle, l’un des grands foyers du judaïsme d’Europe de l’Est, berceau notamment du mouvement hassidique. La communauté actuelle, très réduite par rapport à cette époque, demeure une présence significative sur le plan culturel et mémoriel. Enfin, une minorité musulmane existe, en particulier chez les Tatars de Crimée, peuple turcophone et musulman dont l’histoire est étroitement liée à la péninsule. Ces minorités rappellent la diversité d’un pays longtemps carrefour de peuples et de religions.
Aux racines
le baptême de la Rus’ de Kyiv
Pour comprendre pourquoi l’orthodoxie occupe une telle place, il faut remonter très loin, à la fin du Xe siècle. La tradition situe autour de l’an 988 la conversion du prince de Kyiv au christianisme oriental, un événement fondateur souvent appelé le baptême de la Rus’. C’est de là que le christianisme se diffuse dans l’ensemble de la région.
Kyiv devient ainsi un berceau majeur du christianisme slave oriental, dont l’héritage est aujourd’hui revendiqué à la fois par l’Ukraine et par la Russie. Cette histoire partagée explique en partie l’intensité des enjeux actuels : derrière les querelles d’Églises se joue aussi la question de savoir qui est l’héritier légitime de cette christianisation ancienne. La religion, en Ukraine, n’est jamais tout à fait séparable de la mémoire et de l’identité.
Une même foi, deux Églises
L’Église autocéphale de Kyiv rassemble aujourd’hui la plus grande part des fidèles, tandis que l’Église liée à Moscou recule fortement. Même rite, mais deux rattachements aux implications très différentes.
Entre Rome et l’Orient
Ils reconnaissent le pape mais célèbrent selon un rite oriental, proche de celui des orthodoxes. Très présents en Galicie, autour de Lviv, ils forment un fort marqueur d’identité régionale.
Une foi devenue enjeu national
Ce qui frappe, quand on regarde la religion en Ukraine aujourd’hui, c’est à quel point elle est liée au destin du pays. Le glissement d’une large partie des fidèles vers l’Église indépendante de Kyiv, l’affaiblissement de l’Église liée à Moscou, les débats autour de la loi de 2024 : tout cela dépasse la seule sphère spirituelle. La foi s’est trouvée entraînée dans la question, brûlante, de l’indépendance et de l’identité nationales.
Cela ne signifie pas que la dimension proprement religieuse ait disparu, bien au contraire. Dans un pays éprouvé par la guerre, les Églises jouent un rôle de soutien, d’entraide et de repère pour de nombreuses personnes. Mais on ne peut comprendre la carte religieuse ukrainienne sans tenir compte de ce contexte : ici, croire, appartenir à une Église et affirmer une identité se mêlent étroitement.
Quelle est la religion principale en Ukraine ?
Le christianisme, très largement. Environ 85 % des Ukrainiens se déclarent chrétiens, et près de 70 % sont orthodoxes. L’orthodoxie est le socle religieux historique du pays, hérité d’une christianisation très ancienne, même si elle est aujourd’hui divisée entre plusieurs Églises.
Pourquoi l’orthodoxie ukrainienne est-elle divisée ?
Parce qu’elle s’est scindée entre une Église orthodoxe d’Ukraine indépendante, créée en 2018 et reconnue autocéphale en 2019 par le patriarcat de Constantinople, et une Église historiquement rattachée au patriarcat de Moscou. Cette reconnaissance a provoqué un schisme entre Constantinople et Moscou, encore accentué par la guerre depuis 2022.
Qui sont les gréco-catholiques ukrainiens ?
Ce sont des chrétiens qui reconnaissent l’autorité du pape, comme les catholiques latins, mais conservent une liturgie de tradition orientale proche de celle des orthodoxes. Issus d’une union conclue à la fin du XVIe siècle, ils sont surtout présents dans l’ouest du pays, en particulier en Galicie autour de Lviv, où ils forment un fort marqueur d’identité régionale.
Y a-t-il d’autres religions en Ukraine ?
Oui. On y trouve des communautés protestantes actives (évangéliques, baptistes), une histoire juive ancienne et profonde — l’Ukraine fut un grand foyer du judaïsme d’Europe de l’Est et le berceau du hassidisme — ainsi qu’une minorité musulmane, notamment chez les Tatars de Crimée.
Pourquoi la religion est-elle un sujet si sensible en Ukraine ?
Parce qu’elle est étroitement liée à l’identité et à l’indépendance nationales. Le glissement des fidèles vers l’Église indépendante de Kyiv, le recul de l’Église liée à Moscou et la loi de 2024 visant les organisations restées sous l’autorité de l’Église orthodoxe russe dépassent la seule sphère spirituelle, dans un pays en guerre.
Derrière ses coupoles dorées, l’Ukraine offre une carte religieuse à part : une orthodoxie majoritaire mais divisée, des gréco-catholiques bien vivants, des minorités anciennes, et une foi devenue inséparable de la question nationale.