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religion kurde

Les Kurdes ne partagent pas une seule foi : panorama des religions pratiquées, de l’islam majoritaire au yézidisme.

Village de pierre accroché à des montagnes arides, sous des sommets enneigés
Réponse rapide

Il n’existe pas de « religion kurde » unique. Les Kurdes, répartis sur quatre pays, forment une mosaïque religieuse dont l’islam sunnite est la composante majoritaire, aux côtés de traditions singulières comme l’alevisme, le yârsânisme et le yézidisme.

  • Pas une, mais plusieurs : la diversité religieuse est la règle chez les Kurdes.
  • Majorité musulmane sunnite : surtout de rite chaféite, particularité face aux voisins.
  • Des minorités fortes : alevis, yârsâns (Ahl-e Haqq), yézidis, chrétiens, et un judaïsme historique.
  • Le yézidisme éprouvé : foi ancienne, victime d’un génocide en 2014 à Sinjar.

Parler de « religion kurde » au singulier induit en erreur. Les Kurdes, l’un des plus grands peuples sans État, répartis entre la Turquie, l’Irak, l’Iran, la Syrie et une vaste diaspora, ne partagent pas une foi unique mais une véritable mosaïque religieuse. La majorité est musulmane, mais cette majorité côtoie des traditions singulières — alevisme, yârsânisme, yézidisme — et conserve la mémoire de présences plus anciennes, du zoroastrisme au judaïsme. Tour d’horizon, le plus exact possible, de ce que recouvre vraiment l’expression « religion kurde ».

Existe-t-il une « religion kurde » unique ?

Non. C’est sans doute la première chose à comprendre. Le peuple kurde s’est constitué sur un territoire de montagnes, à la croisée de grands empires — perse, ottoman, arabe —, et son histoire religieuse en porte la marque : plusieurs traditions s’y sont enracinées, parfois côte à côte dans une même vallée. Chercher « religion kurde » revient donc, en pratique, à chercher « les religions des Kurdes ».

Cette diversité n’est pas un détail. Elle explique que deux Kurdes, l’un de Turquie, l’autre d’Irak ou d’Iran, puissent se reconnaître dans la même langue et la même culture sans partager la même foi. La religion, chez les Kurdes, est un fil parmi d’autres de l’identité — souvent moins central que la langue et l’appartenance culturelle. Les frontières tracées au XXe siècle, qui ont morcelé le territoire kurde entre quatre États, ont encore accentué ces différences régionales.

L’islam, religion majoritaire des Kurdes

La plus grande partie des Kurdes sont musulmans sunnites. Un trait les distingue de la plupart de leurs voisins arabes et turcs : ils suivent majoritairement le rite chaféite, l’une des quatre grandes écoles juridiques du sunnisme, là où Turcs et Arabes du voisinage sont surtout hanafites. Ce détail, technique en apparence, a longtemps nourri un sentiment de particularité religieuse au sein du monde sunnite, et il revient souvent dès qu’on évoque l’islam kurde.

L’islam s’est diffusé dans les régions kurdes à partir du VIIe siècle et a profondément façonné la vie sociale. Les confréries soufies y ont joué un rôle historique de premier plan, notamment les ordres naqshbandi et qadiri, qui ont structuré la vie religieuse et parfois la vie politique des montagnes kurdes. À côté du sunnisme, une minorité de Kurdes est chiite : c’est en particulier le cas des Kurdes Failis, établis de part et d’autre de la frontière entre l’Iran et l’Irak, dont l’histoire au XXe siècle a été marquée par de lourdes épreuves. L’islam reste, sous ses différentes formes, la religion du plus grand nombre.

L’alevisme, une voie à part

Parmi les Kurdes de Turquie, une partie significative se rattache à l’alevisme. Cette tradition, partagée avec des Turcs alevis, se distingue nettement du sunnisme comme du chiisme duodécimain officiel de l’Iran. Les alevis vénèrent particulièrement Ali, cousin et gendre du Prophète, accordent une grande place à la figure de Hadji Bektash et célèbrent leurs rites dans des assemblées appelées cem, où la musique et la danse rituelle du semah tiennent une place centrale — loin de la mosquée traditionnelle.

Le statut de l’alevisme fait débat : certains le présentent comme une branche hétérodoxe de l’islam, d’autres comme une tradition spirituelle à part entière, héritière de courants plus anciens. Ce qui est sûr, c’est que les alevis kurdes ont leur histoire propre, marquée par une relation souvent distante avec l’orthodoxie sunnite et par des épisodes douloureux au XXe siècle, qui ont laissé une mémoire vive et nourri un fort attachement à cette identité.

Le yârsânisme (Ahl-e Haqq)

Plus discret, le yârsânisme — aussi appelé Ahl-e Haqq, « les gens de la vérité » — rassemble des fidèles surtout dans l’ouest de l’Iran, autour de Kermanshah, et au Kurdistan irakien, où on les connaît sous le nom de Kakaï. La tradition se rattache à la figure de Sultan Sahak, situé entre le XIVe et le XVe siècle, considéré comme une manifestation majeure du divin.

C’est une foi ésotérique, à la transmission souvent réservée, dont les textes sacrés, rassemblés notamment dans le Kalâm-e Saranjâm, sont composés en gorani, une langue kurde. Le yârsânisme croit en des manifestations successives de la divinité et accorde une grande importance à la dimension intérieure de la pratique, ainsi qu’à la musique sacrée, le tanbour y tenant un rôle rituel. Sa relative discrétion, héritée d’une longue prudence face aux pouvoirs, en fait l’une des traditions les moins connues de la mosaïque kurde.

TraditionOù surtoutEn bref
Islam sunnite (chaféite)Partout en pays kurdeFoi majoritaire ; rite chaféite distinctif
Islam chiite (Failis)Frontière Iran-IrakMinorité chiite kurde
AlevismeTurquieTradition syncrétique, rites cem et semah
Yârsânisme (Ahl-e Haqq)Ouest de l’Iran, IrakFoi ésotérique, Sultan Sahak
YézidismeNord de l’IrakMonothéisme ancien, Tawûsî Melek, Lalish
ZoroastrismeKurdistan irakienHéritage ancien, regain récent et minoritaire
Une particularité : le rite chaféite

Là où la plupart des Turcs et des Arabes sunnites suivent l’école hanafite, les Kurdes sunnites sont en majorité chaféites — l’une des quatre écoles juridiques du sunnisme. Cette différence, ancienne, a longtemps contribué au sentiment d’une identité religieuse kurde distincte au sein du monde musulman.

Le yézidisme, foi ancienne et éprouvée

Le yézidisme est sans doute la tradition la plus singulière, et la plus médiatisée ces dernières années pour de tristes raisons. C’est une religion monothéiste, ethnique et ancienne, propre à une partie des Kurdes, les yézidis, présents surtout dans le nord de l’Irak, mais aussi en Syrie, en Turquie et dans la diaspora, notamment en Allemagne.

Au cœur de cette foi se trouve Tawûsî Melek, l’Ange-Paon, première et plus importante des entités angéliques créées par Dieu. Le sanctuaire de Lalish, dans le nord de l’Irak, en est le lieu le plus sacré, vers lequel les fidèles accomplissent un pèlerinage. La communauté s’organise selon un système de castes religieuses — cheikhs, pirs, murids — et se transmet par la naissance : on naît yézidi, on ne le devient pas, et le mariage hors de la communauté en exclut. La réforme attribuée à Cheikh Adi ibn Musafir, au XIIe siècle, a profondément structuré la tradition.

Longtemps victimes d’incompréhensions, accusés à tort de pratiques qui n’étaient pas les leurs, les yézidis ont connu de nombreuses persécutions au fil des siècles. La plus récente est aussi la plus grave : en août 2014, l’organisation État islamique a attaqué la région de Sinjar, massacrant des milliers de yézidis et réduisant des femmes et des enfants en esclavage. Ces faits ont été reconnus comme un génocide par les Nations unies. Mentionner cette tragédie, sobrement, fait partie d’une présentation honnête du yézidisme aujourd’hui.

Le zoroastrisme

héritage ancien, regain récent

Le zoroastrisme, l’une des plus vieilles religions du monde, née dans l’aire iranienne, occupe une place particulière dans l’imaginaire kurde. Certains Kurdes revendiquent un lien ancestral avec cette foi pré-islamique, qu’ils relient à l’histoire iranienne commune. Sur le plan strictement historique, ce lien direct reste discuté ; il relève autant de la mémoire et de l’identité que d’une continuité religieuse avérée.

Ces dernières années, un regain d’intérêt s’est manifesté, surtout au Kurdistan irakien, où l’ouverture d’un lieu de culte zoroastrien à Souleimaniye, en 2016, a été remarquée. Il faut toutefois rester prudent : ce mouvement, largement porté par une quête identitaire et une volonté de se distinguer d’un islam parfois associé à la violence des dernières décennies, demeure très minoritaire et ne concerne qu’une frange réduite de la population.

Christianisme, judaïsme et autres présences

Le christianisme est présent dans les régions kurdes, mais il faut distinguer deux réalités. La plupart des chrétiens de ces territoires — Assyriens, Chaldéens, Arméniens — forment des peuples distincts, qui ne sont pas kurdes, même s’ils partagent parfois le même voisinage. À côté d’eux, on compte une petite minorité de Kurdes chrétiens, dont quelques convertis contemporains, un phénomène limité mais réel.

Le judaïsme, lui, appartient surtout à la mémoire. Une ancienne communauté de Juifs kurdes, parlant des dialectes araméens, a vécu pendant des siècles dans les montagnes du Kurdistan, avec ses propres traditions et son artisanat. Au XXe siècle, et particulièrement dans les années 1950, sa quasi-totalité a émigré vers Israël, laissant derrière elle un patrimoine culturel encore vivace au sein de la diaspora.

Religion et identité kurde

Un point mérite d’être souligné pour finir : chez les Kurdes, la religion n’est généralement pas le premier marqueur de l’identité. La langue, la culture et le sentiment d’appartenance à un même peuple pèsent souvent davantage. Des courants politiques kurdes affichent même une orientation nettement laïque, et l’on rencontre toutes les attitudes, de la pratique fervente à l’indifférence religieuse, en passant par un attachement plus culturel que spirituel.

Cette pluralité interdit les généralisations. Dire « les Kurdes sont musulmans » est exact pour la majorité, mais oublie les alevis, les yézidis, les yârsâns et tous ceux qui se situent en dehors de toute confession. La mosaïque religieuse est, en elle-même, un trait du fait kurde, et l’un des plus riches.

À retenir

Il n’y a pas une religion kurde, mais plusieurs. L’islam sunnite, de rite chaféite, domine, accompagné d’une minorité chiite. À ses côtés vivent des traditions originales — l’alevisme, surtout en Turquie ; le yârsânisme, en Iran et en Irak ; le yézidisme, foi ancienne et durement éprouvée, dont le sanctuaire de Lalish reste le cœur. S’y ajoutent l’héritage zoroastrien, un christianisme minoritaire et la mémoire d’un judaïsme kurde aujourd’hui largement émigré. Comprendre la « religion kurde », c’est d’abord accepter cette diversité.

Quelle est la religion principale des Kurdes ?

La majorité des Kurdes sont musulmans sunnites, suivant principalement le rite chaféite, ce qui les distingue des Turcs et des Arabes voisins, plutôt hanafites. Une minorité est chiite, notamment les Kurdes Failis. L’islam reste, sous ses différentes formes, la religion du plus grand nombre.

Tous les Kurdes sont-ils musulmans ?

Non. Si la majorité l’est, des minorités importantes relèvent d’autres traditions : alevisme, yârsânisme (Ahl-e Haqq), yézidisme, sans oublier de petites communautés chrétiennes et, historiquement, juives. Il existe aussi des Kurdes laïques ou sans religion. La diversité est la règle.

Qu’est-ce que le yézidisme et qui sont les yézidis ?

Le yézidisme est une religion monothéiste ancienne, propre à une partie des Kurdes. Elle vénère Tawûsî Melek, l’Ange-Paon, et a pour lieu le plus sacré le sanctuaire de Lalish, en Irak. On naît yézidi, la communauté étant organisée par la naissance. En 2014, les yézidis ont été victimes d’un génocide perpétré par l’État islamique dans la région de Sinjar.

Les Kurdes sont-ils zoroastriens à l’origine ?

Certains Kurdes revendiquent un lien ancestral avec le zoroastrisme, religion iranienne pré-islamique, et un regain d’intérêt s’est manifesté récemment, notamment au Kurdistan irakien. Mais ce lien direct est discuté par les historiens, et le zoroastrisme reste aujourd’hui très minoritaire chez les Kurdes.

La religion définit-elle l’identité kurde ?

Pas en premier lieu. Pour beaucoup de Kurdes, la langue, la culture et l’appartenance à un même peuple comptent davantage que la confession. Des courants kurdes revendiquent même une orientation laïque. La religion est un fil de l’identité kurde parmi d’autres, et non son fondement unique.

Derrière un mot-clé au singulier, c’est tout un peuple pluriel qui se laisse entrevoir — et c’est peut-être cela, déjà, le commencement de la compréhension.