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Festival d’Avignon

comprendre le IN, le OFF et s’y retrouver

Deux festivals aux mêmes dates, deux billetteries, un programme démesuré : la méthode pour choisir et le rythme qu’une journée permet vraiment.

Vue d’Avignon depuis le pont Saint-Bénézet : les remparts et, au-dessus, le Palais des papes.
Réponse rapide

Avignon accueille en juillet deux festivals distincts aux mêmes dates : le IN, sélectionné par une direction artistique et né en 1947 avec Jean Vilar, et le OFF, ouvert sans sélection à toute compagnie qui loue une salle. Deux organisations, deux billetteries, deux logiques de réservation.

  • Le IN sélectionne : peu de représentations, réservation en amont indispensable.
  • Le OFF ne sélectionne pas : de l’ordre de mille huit cents spectacles, et c’est vous qui triez.
  • Trois spectacles par jour : rythme confortable ; quatre, rythme soutenu ; au-delà, on n’en profite plus.
  • L’hébergement fait le budget, très loin devant le prix des billets.
  • Gardez des créneaux vides : le meilleur spectacle du séjour est souvent celui qu’on vous conseille sur place.

Deux festivals, une seule ville

Avignon accueille en juillet deux festivals distincts, qui se déroulent aux mêmes dates, dans la même ville, sans partager ni direction ni billetterie. Presque tout le reste découle de là.

Le IN est le festival historique, né en 1947 à l’initiative de Jean Vilar, invité par le critique Christian Zervos et le poète René Char à venir jouer au Palais des papes. Il repose sur une direction artistique : une équipe choisit un nombre limité de créations, souvent internationales, parfois exigeantes, et les programme dans des lieux identifiés — la Cour d’honneur du Palais des papes au premier chef. On n’y entre pas parce qu’on le décide : on y est invité.

Le OFF est né en 1966, autour du Théâtre des Carmes et d’André Benedetto, comme une contre-proposition indépendante. Son principe n’a pas changé : il n’y a pas de sélection. Toute compagnie qui trouve une salle, la loue et assume le risque financier peut jouer. C’est ce qui explique l’ampleur du programme — de l’ordre de mille huit cents spectacles portés par plus de mille compagnies — et son extrême hétérogénéité.

Le INLe OFF
Accès des compagniesSur invitation d’une direction artistiqueLibre : la compagnie loue sa salle
VolumeUn nombre limité de créationsOrdre de mille huit cents spectacles
RéservationEn amont, sans repli possibleSouple : quelques jours suffisent souvent
Qui trie ?La programmation l’a fait pour vousVous, avec l’aide du bouche-à-oreille

Ce qui se joue vraiment sur les plateaux

Le nom du festival évoque le théâtre, et c’est en effet la forme dominante — mais ni l’un ni l’autre des deux festivals ne s’y limite. Le IN programme aussi de la danse, de la performance et des formes difficiles à ranger dans une case : venir y voir « une pièce » sans regarder de quoi il s’agit expose à de vraies surprises.

Le OFF, lui, couvre tout le spectre. On y trouve le seul en scène comique, qui en constitue une part considérable, le théâtre de texte classique ou contemporain, la création de compagnies indépendantes, du jeune public identifié comme tel dans le programme, et beaucoup de formats courts — la durée d’environ une heure s’est imposée parce qu’elle permet d’enchaîner les créneaux dans une même salle.

Deux conséquences pratiques. La première : lisez la discipline et la durée avant le résumé, ce sont les deux informations qui déterminent votre journée. La seconde concerne l’accessibilité — beaucoup de salles du OFF sont des lieux temporaires, et les conditions d’accueil varient énormément d’une adresse à l’autre. Si le sujet vous concerne, vérifiez sur la fiche de la salle plutôt que sur celle du spectacle.

Choisir dans un programme démesuré

Un programme de cette taille ne se lit pas. Il se filtre.

Commencez par les contraintes plutôt que par les envies : les créneaux horaires que vous pouvez tenir, un périmètre géographique raisonnable, et une durée maximale de spectacle. Cela élimine mécaniquement l’essentiel du catalogue et laisse un ensemble consultable.

Ensuite viennent les critères de fond. La salle en dit long : les théâtres permanents intra-muros — ceux qui affichent une saison à l’année, information que porte leur propre site — programment en dehors du festival et engagent leur réputation, ce qui constitue un filtre indirect. Le nom de la compagnie, s’il vous est déjà connu par une autre scène, vaut plus qu’un résumé enthousiaste. Un texte d’auteur identifié ne protège pas d’un mauvais spectacle, mais donne au moins une idée de ce que vous allez entendre.

Le tract et le bouche-à-oreille

Les tracts distribués par les comédiens sont un mode de communication, pas une recommandation : un beau visuel ne dit rien du plateau. Le bouche-à-oreille des spectateurs, dans les files d’attente et aux terrasses, est en revanche étonnamment fiable — parce qu’il est désintéressé et qu’il circule vite. Écouter les gens qui sortent d’une salle vaut mieux que lire dix résumés.

Un conseil qui vaut pour toute première fois : gardez une place vide dans votre programme, le deuxième ou le troisième jour. Vous la remplirez avec ce qu’on vous aura conseillé sur place, et ce sera souvent le meilleur souvenir du séjour.

Ce qui se réserve, ce qui se décide sur place

Pour le IN, la réservation en amont est la règle. Le nombre de représentations est limité, celles qui ont lieu dans les grands lieux patrimoniaux partent vite, et il n’existe pas de solution de repli au dernier moment. Si un spectacle du IN motive votre voyage, c’est lui qui doit déterminer vos dates, et non l’inverse.

Pour le OFF, la logique s’inverse. La plupart des spectacles se jouent tous les jours pendant trois semaines, ce qui laisse de la souplesse : réserver deux ou trois jours à l’avance suffit dans la majorité des cas, une semaine pour un spectacle dont on commence à parler. Le OFF propose par ailleurs une carte d’abonnement qui ouvre droit à une réduction dans la grande majorité des salles partenaires : dès que le séjour dépasse quelques représentations, elle est rentabilisée.

Le OFF tient également, pendant le festival, un point de réservation et de conseil physique, en complément de la billetterie en ligne : on peut y prendre des places et y demander des recommandations, ce qui répond exactement au besoin d’un spectateur arrivé sans programme. Son emplacement se vérifie chaque année sur le site du festival.

Un point technique fait trébucher beaucoup de nouveaux venus : une réservation en ligne n’est pas toujours un billet. Selon les salles, il faut se présenter à la billetterie du théâtre avant la représentation pour échanger sa contremarque. Prévoyez cette marge, elle s’ajoute au temps de trajet.

Le rythme réel d’une journée

Les salles du OFF sont pour beaucoup intra-muros, donc accessibles à pied, mais les rues sont étroites, encombrées, et un trajet qui semble court en prend le double. Ajoutez le temps d’échange des billets et la file d’attente : l’usage veut qu’on se présente en avance, et certaines salles ferment leurs portes dès qu’elles sont pleines.

La chaleur est l’autre variable sous-estimée. Une partie des salles du OFF sont des lieux improvisés, chapiteaux ou salles polyvalentes, où la climatisation n’existe pas. En début d’après-midi, l’exercice devient physique. Beaucoup d’habitués organisent leur journée autour de cette contrainte : spectacles le matin, pause longue au plus chaud, reprise en fin d’après-midi et en soirée.

Trois spectacles par jour constituent un rythme confortable, quatre un rythme soutenu. Au-delà, on ne voit plus rien : on assiste. Prévoyez aussi de vrais repas, car les créneaux de restauration sont saturés aux mêmes heures que tout le monde.

Le budget, poste par poste

Les tarifs changent chaque année et se consultent sur les billetteries officielles. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est le poids relatif des postes.

Le billet n’est jamais la dépense principale. Les places du OFF restent modérées, surtout avec la carte d’abonnement, et celles du IN varient selon les lieux et les jauges. Multipliées par trois ou quatre par jour, elles finissent par compter, mais elles pèsent moins que l’hébergement.

C’est le logement qui fait le budget. En juillet, la ville et sa périphérie sont saturées et les prix suivent. Deux stratégies existent : réserver très tôt, ou se loger à distance et accepter un trajet quotidien. Villeneuve-lès-Avignon, de l’autre côté du Rhône, ou les communes desservies par le train, offrent des solutions plus abordables que l’intra-muros.

Le transport et la restauration complètent le tableau. Pour la voiture, le stationnement intra-muros est à écarter : les parkings relais en périphérie, associés à des navettes, sont la solution mise en avant localement. Quant aux repas, ils sont le poste le plus facile à contenir, et le premier qu’on laisse déraper quand on court d’une salle à l’autre.

Ce que la première fois apprend

Les erreurs de débutant sont toujours les mêmes, et toutes se paient de la même façon : en spectacles manqués.

Erreur classique

Vouloir tout voir

Un programme sans marge ne survit pas au premier imprévu : une salle complète, et la journée entière s’effondre.

Erreur classique

Tout réserver avant de partir

On arrive avec un planning fermé, sans place pour ce que le festival aura à proposer une fois sur place.

Erreur classique

Confondre les deux heures

L’heure de la représentation n’est pas celle où il faut être là : échange de contremarque et file d’attente s’ajoutent.

Erreur classique

Prendre le OFF pour une programmation

Ce n’en est pas une. Le meilleur et le pire s’y jouent dans la même rue, à la même heure, pour le même prix.

Que perd-on à ne faire que le IN, ou que le OFF ?

S’en tenir au IN, c’est voir peu de spectacles, très construits, et passer à côté de la ville en effervescence qui fait la réputation du mois de juillet. Ne faire que le OFF, c’est accepter une loterie et se priver des grandes formes que seules les jauges du IN permettent. La plupart des habitués panachent, en calant d’abord le IN, moins souple.

Que se passe-t-il concrètement si on ajoute un cinquième spectacle ?

Les marges disparaissent. On mange debout, on arrive à la limite, on renonce à échanger sa contremarque à temps, et la fatigue rend la dernière représentation illisible. Le cinquième spectacle ne s’ajoute pas aux quatre autres : il les abîme.

Un spectacle peut-il devenir introuvable en cours de festival ?

Oui, et c’est fréquent dans le OFF. Un bon retour dans la presse ou un bouche-à-oreille rapide suffit à remplir une petite salle pour le reste des trois semaines. Dès qu’un titre revient plusieurs fois dans les conversations, prenez la place le jour même plutôt que de la remettre au lendemain.

Les tracts distribués dans la rue sont-ils un bon indicateur ?

Non. C’est de la communication faite par les compagnies elles-mêmes, et un beau visuel ne dit rien du plateau. Le bouche-à-oreille des spectateurs qui sortent de salle est bien plus fiable, parce qu’il est désintéressé et qu’il circule vite.

Quel est le principal poste de dépense ?

L’hébergement, très loin devant les billets. La ville est saturée en juillet et les prix suivent. Réserver très tôt ou se loger de l’autre côté du Rhône, ou dans une commune desservie par le train, change davantage le budget que le nombre de spectacles vus.

Peut-on y aller sans rien connaître au théâtre ?

Oui, et c’est même l’un des rares endroits où c’est facile : la diversité du OFF va du seul en scène comique au théâtre de texte le plus exigeant, souvent dans des formats d’une heure. Commencer par des formes courtes et écouter les recommandations sur place suffit largement.

Reste ce qu’aucun programme ne prévoit : la salle de quarante places où l’on entre par hasard, un mardi à onze heures, et dont on parle encore l’été suivant.